100年5月2日中央大學演講 - 法文翻譯的問題
par Dr.Edgard PICH
DE LA TRADUCTION
DES SEPTANTE Á LECONTE DE LISLE
翻譯史:聖經舊約到李士勒
Introduction
Dans la pédagogie des langues étrangères française jusque vers années 1960, la traduction joue un rôle très important à deux niveaux. Tout d’abord, dans l’installation des structures syntaxiques et lexicales : tout l’apprentissage se fait sous le signe de la traduction. Lorsqu’on apprend par exemple le génitif latin « rosae » on met face à face cette forme et « de la rose ». Les livres de vocabulaire sont toujours bilingues. A un niveau pus élevé, le but de l’apprentissage est la traduction : on ne lit ni Homère, ni Virgile, ni Shakespeare, on les traduit.
Le changement est intervenu à partir des années 1960, sous l’influence des méthodes américaines, elles-mêmes élaborées pendant la seconde guerre mondiale et destinées aux soldats philippins, indonésiens, birmans, chinois etc., enrôlés dans les armées américaines, avec des officiers américains. Le but était que ces troupes apprennent à obéir parfaitement aux ordres donnés en américain.
Après la fin de la seconde guerre mondiale, l’enseignement des langues étrangères est dominé par l’exemple américain et en relation avec une mondialisation qui ne cache pas son ambition mondiale. Dans notre monde où les êtres humains circulent très rapidement d’un pays à l’autre et rencontrent chaque jour des personnes qui ne les comprennent pas et/ou qu’ils ne comprennent pas, la traduction est un problème pratique qui se pose universellement et auquel on trouve des solutions qui semblent très diverses alors qu’elles ne sont en général que des adaptations plus ou moins conscientes d’un modèle unique, américain.. Nous n’allons pas examiner cette situation, sur laquelle on possède d’innombrables écrits, tous écrits dans le même sens ; nous allons au contraire procéder à un retour en arrière, jusque dans un passé très éloigné de nous.
I Traduction et religion
Dans le monde pré-moderne, le problème de la traduction s’est posé dans des contextes religieux et seulement dans le cas de textes écrits ; la traduction simultanée ou consécutive qu’on trouve présentes dans les organismes internationaux était inutile ; c’était un bricolage pour lequel on n’avait pas besoin de spécialistes et d’érudits. En revanche, pour les textes religieux, la forme et le fond sont si intimement liés que traduire peut être considéré quelquefois comme un acte problématique, voire dangereux. On connaît le proverbe italien : « Traduttore traditore ». « Traduire c’est trahir » ; commettre un contre–sens sur la Bible , c’est trahir la parole divine : la Torah fait loi dans sa forme comme dans son contenu. Des problèmes identiques se posent pour le Coran/
Nous ne parlerons pas ici, faute de compétence, de textes bouddhistes à partir du sanskrit, vers le tibétain, le chinois, le coréen et le japonais etc. Dans la tradition méditerranéenne, le cas de la Bible et du Coran sont importants : dans la Bible , Dieu n’est pas seulement un problème de contenu, mais de langue. Dieu a choisi, c’est une sorte de présupposé, de parler en hébreu et non en assyrien, en grec ou en hittite. Traduire son message dans une autre langue que celle où il a été délivré fait courir le risque d’une déformation irréparable de la parole divine.
Néanmoins, dès le IIIe et le IIe siècle av. J. C., la Bible a commencé à être traduite en grec à Alexandrie, en Egypte par un groupe de savants qui possédaient bien les deux langues et cela parce qu’autour de la Bible et du judaïsme des sympathisants s’étaient réunis, sans devenir eux-mêmes Juifs d’une part, et d’autre part parce que la langue grecque (mais non la langue égyptienne des pharaons), était devenue une sorte de première langue mondiale, pratiquée sur une vaste surface, depuis l’Italie jusqu’à l’Inde, une langue universelle donc, qui pouvait de ce fait revêtir un certain caractère sacré. Ce fut la traduction dite des Septante (70 traducteurs, a-t-on dit) qui cependant ne sera jamais reconnue comme parfaitement authentique par les autorités religieuses juives.
Quelques siècles plus tard, il en va de même pour le latin, langue impériale qui devient langue papale en laquelle, à partir de l’hébreu, saint Jérôme, dans les années 382-404, suite à une commande du pape Damase, traduit à son tour la Bible hébraïque puis le nouveau Testament grec ; cette traduction, amendée et corrigée plusieurs fois, au XVIe siècle et au encore au XXe siècle, va devenir le texte officiel de l’Eglise catholique, encore en vigueur aujourd’hui : c’est ce qu’on appelle la Vulgate.
II Le tournant du XVIe siècle
Toutefois, il se produit au XVIe siècle, en Occident, une véritable révolution dans les rapports entre la religion et la traduction. En France avec Lefèvre d’Etaples, Barthélemy Buyer, Jean de Rely et d’autres, en Angleterre avec William Tyndale, et surtout en Allemagne, avec Martin Luther, la Bible ou des parties de la Bible sont traduites dans des langues vernaculaires, la plupart du temps dans un contexte protestant, avec des réticences marquées dans le contexte catholique. Cette innovation s’explique de deux façons principalement : tout d’abord le latin commence à perdre son statut de langue politico-religieuse commune au profit des langues vernaculaires, français, allemand, anglais. Mais surtout, cette évolution avait un caractère théologique important. Les catholiques entendent et lisent la Bible seulement à l’église, sous forme de morceaux choisis et cette lecture s’accompagne de commentaires longuement développés par des prêtres et des théologiens. Comme le dit la théologie catholique, la révélation a deux sources : l’Ecriture et la tradition. Donc, on ne lit pas la Bible seul, mais dans le cadre de la communauté, dans l’Eglise et avec l’Eglise, une Eglise majuscule matérialisée par une infinité de bâtiments appelés églises avec la minuscule où se réunissent, prient et lisent les fidèles. Dans le contexte protestant, il en va tout autrement : la Bible , en langue vulgaire et dans sa totalité a sa place dans chaque maison, dans chaque famille ; elle est lue et lue en totalité, devant la famille réunie ou par chacun de ses membres dans la solitude : L’individu est en effet habilité à interpréter seul, à ses risques et ses périls, la Bible dans son ensemble.
Les traductions du XVIe sièle, poursuivies dans les siècles suivants ont une valeur politique ; le cas est particulièrement visible pour la traduction de Luther : sa Bible allemande est à l’origine de la littérature allemande et elle est une revendication nationaliste : elle est en rapport très étroit avec l’ouverture sur la démocratie et l’individualisme et la promotion du tiers-état dans sa réalité pratique, domestique, un tiers-état qui revendique dès lors l’égalité avec les scribes, les théologiens, les prêtres. A cet effet, l’imprimerie et, quelques siècles plus tard, le journalisme apporteront une contribution considérable. L’une des conséquences de cette ouverture, c’est que le sacré n’est plus un domaine impérial/papal, réservé, séparé (c’est le sens de sacer en latin) ; il doit être reconnu comme présent dans les textes dans les langues des paysans et des artisans : c’est donc un feu vert à toutes les traductions des grandes œuvres littéraires écrites dans les langues vernaculaires, de Shakespeare à Byron, de Goethe à Thomas Mann. Le sacré n’a pas disparu ; il s’est seulement diffusé, dilué dans la masse.
III Langues impériales et langues vernaculaires
Devant ce mouvement général, la culture française a eu deux attitudes différentes. D’une part, depuis le XVe siècle et jusqu’à une époque récente, la langue/culture (indissociables) française a tenté, et cela avec une incontestable réussite, de prendre la place laissée vacante par l’affaiblissement du latin, qui a joué son rôle de langue impériale/religieuse bien après la chute de l’Empire romain, pendant tout le Moyen-Âge. Dans cette stratégie, la traduction, ou l’adaptation joue un rôle important. Les écrivains français de la Pléiade (XVIe siècle), de l’époque classique et même de la Révolution et de l’Empire (Napoléon s’habille quelquefois en empereur romain et il n’est pas sans signification qu’il prenne le titre latin d’empereur) ont traduit ou adapté tous les grands auteurs grecs et latins, en leur donnant, comme on le verra plus loin, une allure officielle, cérémonielle, qu’ils n’avaient pas nécessairement dans l’original, qui était donc discutable : après tout, les Romains, avec toutes les qualités de grands politiques et de grands administrateurs qu’ils avaient, étaient aussi des agriculteurs un peu grossiers et les Grecs de petits commerçants avares, retors, voire malhonnêtes, des pirates sans scrupule : on les a traduits comme s’ils avaient été des courtisans vivant dans le luxe de Versailles, ce qui dans certains cas était plus que discutable. De même pour la tragédie grecque, plus sanglante, plus horrible que dans les pièces de Racine. En fait la traduction a été un lieu d’échanges intenses : d’un côté, on utilisait les textes anciens pour transformer la langue des paysans et des artisans français en une langue philosophique, théologique, juridique, administrative, tandis que de l’autre on sanctuarisait pour ainsi dire les langues grecques et latines pour leur conférer la dignité de modèles à imiter : « imiter », c’est le leitmotiv de tous les classiques (Racine, Boileau, La Fontaine etc.) avec le risque de manquer ce qu’il y avait de vivant, de populaire, de grossier, de pittoresque dans les langues/cultures anciennes, panthéonisées, muséifiées. Les Grecs et les Latins des époques classiques étaient des objets qui n’avaient plus leur place que dans les Musées : ils avaient perdu la vie, le désordre et le concret de la vie. En contrepartie, la langue française qui était une jusqu’au XVIe siècle est devenue double à partir de cette époque et c’est la raison pour laquelle elle peut apparaître plus difficile à apprendre que d’autres (les séries nez/nasal, oeil/oculaire, cheveu/capillaire, cheval/équestre), difficulté d’ailleurs illusoire parce qu’elle existe encore plus fortement dans d’autres langues : en anglais ce caractère est encore plus marqué et de même en coréen ou en japonais où cette dualité n’est pas seulement lexicale mais graphique..
Au même moment, et en opposition à toutes ces « belles infidèles », comme on appelait ce genre de traductions, les auteurs européens qui écrivaient dans des langues qu’on pouvait encore appeler barbares (anglais, allemand) puisqu’elles parlées et désormais écrites dans des pays situés aux frontières de l’ancien empire romain, commençaient à être traduits. Shakespeare a été traduit pour la première fois au XVIIIe siècle, expurgé de certains traits de violence et de pittoresque que le classicisme ne pouvait pas supporter. Mais c’est surtout à l’époque de la Révolution et dans les quarante premières années du XIXe siècle que les auteurs allemands et anglais font une entrée triomphale en France. Chateaubriand donne le signal en traduisant Milton ; lord Byron obtient un immense succès, de même que Thomas Moore, Sheridan et d’autres ; du côté allemand, l’impulsion vient de Suisse avec Mme de Staël : Goethe, Schiller, Jean-Paul Richter, Hoffmann, et les philosophes, Hegel, Schopenhauer, Schelling, sont traduits, avec un effet très importants sur la littérature et la sensibilité des Français.
Le mouvement va s’accélérer ensuite par la traduction d’ouvrages en sanskrit, les Védas, le Bhagavata Purana, le Ramayana, avec un soutien très efficace du pouvoir politique (Second Empire). Il faudra bien entendu encore attendre pour voir apparaître des traductions du chinois (mais la première traduction du stratège chinois Sun Tzu avait déjà été publiée au XVIIIe siècle). Les Russes seront quasiment les derniers, à la fin du XIXe siècle, avec Dostoïevski et Tolstoï notamment.
IV De nouveaux Anciens
Ce mouvement très important va avoir sur un certain point un effet inattendu, et qui n’a pas toujours été compris sur le moment. La traduction des textes religieux, philosophiques et politiques grecs et latins va prendre un tour nouveau et provoquer des polémiques. Jusque là ces textes avaient tendance à être considérés comme faisant partie d’un tout qu’on pourrait appeler classique, officiel, où les différences étaient quasiment négligeables. Les mythologies grecque et latine, par ailleurs souvent voisines, étaient confondues. Ainsi le Dieu grec Zeus et le dieu latin Jupiter, qui avaient des caractères et des fonctions proches (c’étaient tous des dieux rois des autres dieux), avaient fusionné et, dans les textes grecs Zeus était uniformément traduit par Jupiter. A partir du milieu du XIXe siècle, sous l’influence des professionnels (le philologue allemand Creuzer et son traducteur et adaptateur Guigniaut), et grâce à un poète et traducteur par ailleurs très controversé, Leconte de Lisle, chacun de ces dieux conserve le nom qu’il avait dans le texte original. D’autre part, les noms propres, qui avaient été d’abord latinisés, puis francisés (comme London était devenu Londres etc.) se trouvent désormais transcrits le plus exactement possible, ce qui les rend parfois méconnaissables. Ainsi Polynice redevient Polyneikès, Œdipe redevient Oidipous, Jocaste, redevient Iokastè, Ulysse devient Odysseus etc. Cette seconde évolution, il faut quand même le préciser n’est adoptée que par quelques puristes : le grand public continue à utiliser les noms propres francisés, quand ils existent.
L’objectif de ces changements est la suivante. Le lecteur des traductions antérieures reconnaissait dans les noms et les orthographes des traductions des personnages qui existaient déjà dans le panthéon qu’il avait appris à connaître au cours de sa formation au collège ; Or l’objectif de la traduction est, pour le traducteur une manière de faire faire à son lecteur l’expérience d’une réalité lointaine, étrangère, et de provoquer ainsi une relativisation des valeurs au lieu de voir confirmée une proximité supposée des réalités anciennes par rapport aux réalités modernes. Il y avait là, selon le nouveau système, une sorte de falsification. Il en allait de même des actes, des sentiments des personnages ou des façons d’écrire : le traducteur du XVIIe ou du XVIIIe siècle, familier de la cour des rois français, de la politesse exquise qui régnait (en principe) à Versailles, transformait les Grecs et les Romains, qui étaient des personnages moins polis et moins cérémonieux, en courtisans modernes. Leconte de Lisle veut au contraire conserver toute la raideur, la violence, la grossièreté du texte qu’il traduit. A tel point que le plus grand critique de l’époque, Sainte-Beuve, écrit que ses Grecs et Latins sont des « Barbares ». Ce qu’ils sont dans la réalité : et c’est cette réalité qu’il ne faut pas travestir, selon Leconte de Lisle.
Conclusion 1
On voit bien ainsi comment deux conceptions de la traduction peuvent se développer en s’opposant. Si on allait jusqu’au bout de la nouvelle méthode, les textes anciens ne seraient pas loin de devenir illisibles. La traduction consisterait… à ne pas traduire. C’est d’ailleurs un peu le cas de la traduction de certains textes particulièrement exotiques (indiens), par exemple du Bhagavata Purana :dans ce cas la traduction est souvent accompagnée de notes explicatives très nombreuses. De l’autre côté, non seulement on risque de donner une vision fausse et conventionnelle des textes traduits et de donner l’illusion que les civilisations anciennes ou étrangères sont structurées exactement comme les civilisations européennes et modernes. J’ai lu récemment la traduction d’un roman chinois du XVIIIème siècle où étaient employés des mots comme marquis, comtes, ducs… Que penser ? Plus profondément encore on mélange ainsi deux catégories de langues très différentes : d’une part les langues naturelles, très concrètes, pittoresques, pleines d’images, d’expressions idiomatiques, qui ne passent pas facilement d’une langue à l’autre et d’autre part des langues impériales qui ont été débarrassées de tout ce qui est trop physique, trop matériel, trop grossier parfois : le « slang » new-yorkais d’un côté, et de l’autre le globish des économistes et voyagistes de tous les pays du monde, un anglo-américain simplifié. La question que doit donc se poser le traducteur porte donc d’abord sur la nature des deux langues qui sont en présence dans son travail, langue officielle, abstraite et aseptisée des empires et/ou des grandes religions : ou langue authentique d’un groupe social limité dans son expression quotidienne. On ne peut avoir la même visée dans les deux cas et il faut bien prendre conscience que l’emploi univoque du mot langue conduit à une grave confusion : sous ce mot on met deux réalités qui présentent de grandes différences. Il faut bien distinguer ce qu’on appelle depuis longtemps langue vernaculaire et langue véhiculaire ; langue impériale et langue nationale voire régionale.
Conclusion 2
Tout l’exposé qui précède permet de répondre de façon assez précise et qui n’est pas nouvelle, même si elle est formulée d’une façon un peu différente à la question qu’est-ce que la langue française ? Il existe en fait deux langues françaises. Tout d’abord celle qui est parlée par le peuple et qui est riche de mots techniques (agriculture et artisanat) ; de l’autre côté une langue qui se veut savante et qui est le résultat d’un travail conscient mené surtout à partir du XVIe siècle à partir de deux mouvements : tout d’abord la traduction de mots savants , administratifs, scientifiques, philosophiques, religieux, empruntés au latin, une traduction qui est en fait la plupart du temps un simple décalque (c’est seulement la terminaison qui change). A cela s’ajoute un nombre assez faible de mots grecs, qui souvent avaient déjà introduits dans le latin et qui ont une place remarquable dans des sciences comme la médecine, la physique, la botanique, la zoologie… D’autre part, la traduction de textes grecs et latins a amené des modifications très importante des structures syntaxiques (introduction de la période et très fort développement de la subordination, du style indirect libre…). Ces deux phénomènes sont complexes parce que la traduction se fait, si l’on ose dire, en deux sens : du latin au français, mais aussi du français vers le latin, en ce sens que les mots grecs et latins sont introduits en français non pas tels quels, comme, semble-t-il, en coréen ou en japonais, mais au moins partiellement francisés. On peut supposer que les phénomènes européens (italien, espagnol, anglais, allemand, les langues scandinaves et même slaves) ont certains points communs avec les phénomènes asiatiques (présence d’une couche chinoise). D’où il serait possible de conclure que le bilinguisme n’est pas, généralement, un phénomène déviant et particulier, mais au contraire très répandu.
Nous mettons côte à côte deux traductions du début du chant XVI de l’Iliade, la première celle de Bitaubé, t. , 3ème éd., Didot 1787, exemple de ces « belles infidèles » que l’on a beaucoup critiquées au XIXe siècle ; la seconde publiée chez Lemerre en 1866 par le poète Leconte de Lisle, et qui consacre la nouvelle conception de la traduction ; la première traduction de ce nouveau type, accompagnée d’une courte préface, avait été publiée chez Poulet-Malassis, éditeur de presque tous les grands écrivains de cette époque, Baudelaire, Banville et Leconte de Lisle et avait pris pour sujet les œuvres du poète pastoral Théocrite et les odes anacréontiques (imitations tardives de l’œuvre du poète Anacréon, qui date du Vie siècle avant Jésus-Christ) dont l’authenticité pose d’ailleurs problème. Plus authentique, l’Iliade est une épopée dont la forme pourrait comparée, en Corée, avec les chants du pantsori.
Traduction de Bitaubé Traduction de Leconte de Lisle
Tandis que l’on combattait avec tant Et ils combattaient ainsi pour les nefs bien
d’acharnement pour ce vaisseau, construites. Et Patroklos se tenait devant le
Patrocle paraît devant Achille ; il le prince des peuples, Akhilleus, versant de
verse un torrent de larmes, comme une chaudes larmes, comme une source d’eau noire
noire fontaine précipite à gros bouillons qui flue du haut d’un rocher. Et le divin
ses eaux d’une roche élevée. Le héros né Akhilleus en eut compassion, et il lui dit ces
du sans des dieux, touché de compassion, paroles ailées :
le regarde. Patrocle, lui dit-il, pourquoi - Pourquoi pleures-tu, Patroklos, comme une
répands-tu des larmes ? Comme un enfant petite fille qui court après sa père, saisit sa
qui vole sur les pas de sa mure, l’arrête robe et la regarde en pleurant jusqu’à ce que
par la robe, veut être dans ses bras, et lève celle-ci la prenne dans ses bras ? Semblable à
vers elle un visage inondé de larmes ; ainsi, cette enfant, ô Patroklos, tu verses des larmes
O Patrocle ! tu fonds en pleurs ! Viendras- abondantes. Quel message as-tu pour les
tu annoncer une triste nouvelle à mes Myrmidones ou pour moi ? As-tu seul reçu
guerriers ou à moi-même ? Seul, aurais-tu quelque nouvelle de la Phthiè ? On dit
reçu quelque avis de la Thessalie ? Le fils cependant que le fils d’Aktôr, Ménoitios, et
d’Actor, Ménoetius, ton père, voit encore l’Aiakide Péléus vivent encore parmi les
le jour ; Pélée respire parmi les Phthiotes ; Myrmidones. Certes, nous serions accablés, s’ils
eux dont le trépas nous coûterait les étaient morts. Mais peut-être pleures-tu pour les
regrets les plus cuisants. Pleurerais-tu Argiens qui périssent auprès des nefs creuses,
le sort des Grecs qui périssent près de leur par leur propre iniquité ? Parle, ne me cache
flotte, victimes de leur injustice ? Parle, rien afin que nous sachions tous deux.
ne déguise rien, je veux savoir comme Et le cavalier Patroklos, avec un profond
toi le sujet de ta douleur amère. soupir, lui répondit :
A ces mots, généreux Patrocle, tu - O Akhilleus, fils de Péléus, le plus brave
répondis en poussant un profond soupir : des Akhaiens, ne t’irrite point, car de grandes
Ô fils de Pélée, le plus vaillant des calamités accablent les Akhaiens. Déjà les
Grecs, dans l’affreuse infortune qui nous plus braves d’entre eux gisent dans les nefs,
accable ne t’indigne point de mes pleurs. frappés et blessés. Le robuste Tydéide
Nos chefs les plus distingués sont Diomèdès est blessé, et Odysseus illustre par
maintenant étendus dans leurs tentes, sa lance, et Agamemnôn. Eurypylos a la cuisse
atteints de traits et de javelots : Diomède percée d’une flèche ; et les médecins les
si terrible, l’intrépide Ulysse et soignent et baignent leurs blessures avec
Agamemnon sont blessés. La hanche des baumes. Mais toi, Akhilleus, tu es
d’Eurypyle est percée d’une flèche. On implacable ! O Pèlèiade, doué d’un courage
épuise les secours de l’art pour les inutile, qu’une colère telle que la tienne ne me
soulager. Mais toi, Achille, rien ne peut saisisse jamais ! A qui viendras-tu désormais
t’attendrir. Me préservent les dieux d’une en aide, si tu ne sauves pas les Argiens de cette
colère semblable à celle que tu nourris ruine terrible ? O inexorable ! Le cavalier
dans ton sein, prince valeureux seulement Pèlèus n’est point ton père, Thétis ne t’a point
pour notre ruine ! Si tu ne dérobes pas conçu. La mer bleue t’a enfanté et ton âme est
aujourd’hui les Grecs à l’horrible sort dure comme les hauts rochers. Si tu fuis
dont ils vont être la proie, qui peut l’accomplissement d’un oracle, et si ta mère
désormais se flatter d’obtenir ton vénérable t’a averti de la part de Zeus, au
secours ? Cruel ! non, tu ne tiens point moins envoie-moi promptement à la tête
le jour de Pélée, Thétis ne fut point des Myrmidones, et que j’apporte une lueur
ta mère ; puisque ton cœur est de salut aux Danaens ! Laisse-moi couvrir
impitoyable, c’est le noir océan, ce sont mes épaules de tes armes. Les Troiens
les plus durs rochers qui t’ont donné la reculeront, me prenant pour toi, et les fils
naissance. Si tu redoutes un oracle belliqueux des Akhaiens respireront, et nous
dont ton auguste père t’ait instruit par chasserons facilement, nouveaux combattants,
l’ordre de Jupiter, souffre du moins ces hommes écrasés de fatigue, loin des tentes
qu’accompagné de nos Phthiotes je vole et des nefs, vers leur Ville.
au combat et sois, s’il est possible , le salut Il parla ainsi, suppliant, l’insensé ! cherchant
des Grecs. Permets que je me charge la mort et la Kèr fatale.
de tes armes : peut-être les Troyens,
croyant t’apercevoir, ralentiront-ils leur
attaque ; et nos braves guerriers, près de
succomber à leur accablement, auront
le temps de respirer ; il ne leur faut
qu’un moment de repos. Encore frais,
nos seuls cris repousseront des troupes
épuisées d’un long combat loin de nos
tentes et jusques dans leurs murs. Telle
fut sa prière. Aveugle qu’il était, il
demandait sa mort !
Quelques repères
I Les traductions de la Bible
Les Septante : de l’hébreu au grec, IIIe-IIe siècle av. J.C.
II Les traduction liées à la Réforme (XVIème siècle)
III Les grandes traductions du XIXe siècle
Shakespeare (déjà traduit au XVIIIe siècle) Byron, Walter Scott,
Goethe, Schiller, Jean-Paul Richter, E. T.A. Hoffman, Hegel, Schopenhaauer…
IV Les traductions de Leconte de Lisle (1861-1884)
Théocrite et odes anacréontiques, Iliade, Odyssée, Hésiode et autres poètes grecs, Eschyle, Sophocle, Euripide, Horace
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